4. Le Matériel

4.1  L'abri de bivouac

 

Les éléments à prendre en compte sont:

  • l'usage qu'on va en faire.
  • le poids et le prix (les deux sont liés)
  • les matériaux (tissu, mats, piquets)
  • l'habitabilité
  •  la durabilité


Tente ou Tarp: poids et prix

 

Le tarp, c'est une bâche plus ou moins grande munie d'œillets qui permettent de la tendre entre des arbres ou des piquets. Il doit s'accompagner d'un tapis de sol ou/et d'un matelas. C'est léger (200-400gr) et moins cher, cela peut se bricoler chez soi en différents matériaux plus ou moins légers, performants et onéreux, mais il y a des inconvénients: c'est souvent difficile à monter (absence d'arbres et surtout présence de vent), cela protège moins bien, en particulier dès qu'il y a du vent, les bestioles y circulent librement et, en cas de ruissellement, le risque d'inonder le tapis de sol est réel. On trouve aussi des capes de pluies qui peuvent faire office d'abri avec un bâton de marche et des piquets (marque six moon design, modèle Gatewood cape de 284ge et 155€ qui fait les deux assez moyennement mais permet une grosse économie de poids et d'argent).

 

La tente, tout le monde connaît. Il y a désormais pléthore de modèles et de marques, depuis la tente de camping statique type pavillon de vacances jusqu'aux modèles ultralégers. La tente offre une meilleure protection face aux intempéries que le tarp, un montage plus facile, elle protège aussi des bestioles et elle est un peu plus chaude, mais elle est plus lourde et plus chère. La tente peut être à double ou simple paroi: la double paroi est plus agréable car elle réduit la condensation et les courants d'air, mais elle réduit aussi l'espace disponible et augment le poids. Une tente peut aussi être autoportante, c'est-a-dire tenir debout toute seule, ou nécessiter des piquets pour tenir; les autoportantes sont plus faciles à monter sur un sol dur ou mou et sont plus spacieuses, mais elles ont besoins d'arceaux et sont donc plus lourdes. Beaucoup de tentes sont désormais semi-autoportantes: elles ont un arceau, mais demandent aussi quelques piquets pour être bien tendues. A éviter dans tous les cas: les tentes qui se déplient toutes seules avec des arceaux inclus dans le tissu: encombrantes et de qualité plus que moyenne, elles ne sont pas faites pour l'itinérance.

 

Que choisir ? Un marcheur UL expérimenté et peu soucieux de confort prendra un tarp, plus léger, ou, s'il a de l'argent, une tente en composite Dyneema (DCF) mais pour les autres?

 

Cela dépend des circonstances: pour une ballade de quelques jours à la belle saison avec une météo favorable, les avantages du tarp ou de la cape de pluie/abri semblent déterminants en terme de poids.

 

Cependant, dès que la marche se prolonge ou que la météo devient peu prévisible (ou qu'il y a des moustiques!), la tente présente des avantages de confort et de facilité de montage qui emportent le morceau.

 

Mais il y a tente et tente (voir le tableau ci-dessous): pour une monoplace, cela va de 430gr et 485€ à 1500gr et 145€ (du simple au triple! plus c'est léger, plus c'est cher) et pour une biplace de 540gr et 530€ à 1900gr et 80€: les fourchettes sont larges et  il ne faut pas rêver, une tente à 145€ n'est pas la même chose qu'une tente à 450€. Si vous vous orientez vers une tente en DFC, surveillez les nouveautés car ce matériau se popularise et des marques comme Six Moon design annoncent des nouveaux modèles, mais faites aussi très attention aux commentaires des utilisateurs, car il s'agit de tentes difficiles à fabriquer et peuvent souffrir de graves défaut, surtout sur les nouveau modèles.

 

Vous choisirez en fonction de vos possibilités, mais n'oubliez pas que, pour un usage intensif, la qualité paie en terme de durabilité et d'imperméabilité et qu'il vaut mieux payer cher une fois que moins cher trois fois: pour donner une idée, ma tente en composite dyneema a maintenant plus de 7 mois d'usage réel et elle est toujours en bon état. Par contre, pour marcher 15 jours par an, il n'est sans doute pas utile de dépenser une si grosse somme.

 

Voici un petit tableau non exhaustif de tentes monoplaces en dessous de 1,5Kg et biplaces en dessous de 1,9Kg, ce qui exclut les tentes hivernales.

 

 

 

Noter qu'il est aussi possible de ruser: acheter une tente avec double toit mais ne prendre que le double toit pour des balades courtes par beau temps (attention tout de même: certaines tentes sont impossible à monter si elles ne sont pas complètes). Par ailleurs, il n'aura échappé à personne que partir à deux permet une économie de poids en partageant la tente... mais c'est une autre question!

 

Les matériaux.

 

La plupart des tentes sont en sylnylon ripstop enduit silicone et/ou PU: c'est un tissu qui résiste bien à la traction et assez bien à la déchirure, mais qui est sensible aux UV et à l'humidité: ne pas exposer inutilement au soleil ni aux branches et le retendre lorsqu'il se relâche à l'eau ou au froid (si, si, même au milieu de la nuit!), et bien le sécher. Il est léger et imperméable tant que le frottement n'a pas détérioré l'induction car le tissu lui-même n'est pas imperméable (c'est là que la qualité compte). Il est délicat à réparer sur le terrain.

 

Les marques Zpacks, Big Agnes, Hyperlite Mountain Gear, Trekkertent, (liste non limitative) proposent des tentes (certaines sur commande uniquement)  en composite dyneema (DCF ex Cuben): une trame de fils en dyneema d'une incroyable résistance (c'est le fil des suspentes de parapente) noyée dans un film de polyester: c'est très solide, facile à réparer sur le terrain avec un simple scotch de la même matière, très léger, totalement étanche et... très cher. Les bricoleurs avertis pourront cependant acheter le matériau et fabriquer leur tente: voir la section "à faire soi même. Pour les marcheurs intensifs, c'est de loin la meilleure tente et son prix initial élevé est rapidement amorti car peu de tentes sont aussi durables. S'agissant d'une tente étanche, elle souffre cependant d'un problème de condensation qui exige de la laisser largement aérée: elle est prévue pour cela, mais du coup peu adaptée à un usage par temps froid. Le DFC n'a aucune élasticité et n'absorbe absolument pas d'eau, tout comme une feuille de plastique, et n'est donc jamais lourd parce que mouillé: il suffit de l'essuyer pour qu'il soit sec.

 

Les piquets peuvent être en plastique, alu, acier ou titane. La plastique et l'acier ne sont pas adaptés à l'itinérance; reste l'alu et le titane, plus cher mais plus léger et plus solide mais qui peut casser net. L'alu pur, lui, se tord souvent mais peut être détordu; les alliages sont plus rigides mais plus cassants. La section du piquet a son importance: ronde, type sardine, elle ne doit pas être trop fine sous peine d'être fragile et de mal tenir en terre. Les sections carrées en alu, à 8gr pièce sont un bon choix et celles en "Y" présentent le meilleur compromis entre poids, solidité et ancrage (9gr, 3€). Un peu plus cher, les piquets titane sont aussi très bons: les cornières ont un excellent ancrage mais sont un peu lourdes (13gr, 4€) et  Si le sol est meuble ou/et le vent fort, on veillera à poser un pierre aussi lourde que possible sur la cordelette juste devant le piquet. En cas de neige, le mieux est de creuser un petite tranchée perpendiculairement à la cordelette, de fixer celle-ci au milieu du piquet et de l'enterrer dans la tranché en tassant bien la neige par-dessus.

 

Les arceaux sont en alliage d'alu, fibre de verre ou de carbone. Les alliages sont de loin la meilleure solution car plus solides (ces arceaux encaissent de gros efforts par vent fort). La fibre de carbone a une fâcheuse tendance à casser et/ou se fendre, tandis que la fibre de verre, plus solide par temps chaud, est sensible au froid et devient alors cassante. De plus, les fibres doivent être pourvues de manchons métalliques pour leur emboitage et la jonction fibre/métal est un point de fragilité. Pour les mâts à arceaux, se munir d'un petit tube en alu ou caoutchouc très dur (type durite de liquide sous pression) d'un diamètre juste supérieur aux arceau et de 10-15cm de long pour une réparation d'urgence si un arceau casse(souvent fourni par le fabriquant d'ailleurs). De même, toujours emporter, roulé autour d'un bâton de marche ou d'un mât, une petite longueur de scotch industriel: ça sert à tout réparer (mât, tapis de sol, chaussures et j'en passe). Certaines tentes (Zpacks, Nemo) se montent avec les bâtons de marche qui font office de mâts: c'est une excellente manière d'économiser 200 ou 300gr.

 

l'habitabilité.

 

Le marcheur passe une dizaine d'heures par jour dans son abri, plus s'il est bloqué par le mauvais temps: il est donc primordial qu'il s'y sente bien et qu'il puisse y caser tout son matériel. L'habitabilité dépend de trois critères: la surface au sol, la hauteur utile et le volume définit par la forme des murs et le sens de l'entrée.

 

Définie par la largeur et la longueur, la surface est désormais souvent asymétrique, avec un côté tête plus large que le côté pieds: cela économise un peu de poids. La longueur se situe entre 220 et 250cm: une plus grande longueur ne signifie pas toujours plus d'espace car cela dépend aussi de l'angle des murs: plus ils sont obliques (type canadienne) plus il faut de longueur; à contrario, une tente à arceaux croisés dont les murs sont presque droits pourra être moins longue. La largeur doit permettre de placer votre sac à dos en travers, aux pieds ou à la tête; là aussi, l'angle des murs importe.

 

 

La Huha Huba, un grand classique à arceaux en double "Y" et barre sommitale pour un maximum d'habitabilité.

 

La Fly Creek de Big Agnès, avec un arceau en simple "Y": gain de poids, mais perte d'espace intérieur et entrée par le petit côté

La Lizard GUL de Vaude avec un simple arceau en demi-cercle et deux petits mats: bonne habitabilité, mais montage compliqué.


 

La hauteur utile ne doit pas être inférieure à votre propre taille assis en tailleur, 120 cm dans la plupart des cas. Attention aux tentes dont les murs descendent en formant un angle aigu avec le sol: elles peuvent être hautes tout en offrant une habitabilité réduite: à défaut de pouvoir examiner la tente montée avant l'achat, il faut disposer de plusieurs photos, de préférence avec une personne dans la tente, pour juger de ce critère qui, à l'usage, est primordial. Bien penser que, par mauvais temps, vous aurez à cuisiner, manger et attendre dans la tente tout en y laissant sécher des affaires. L'abside doit se fermer par le bas pour être utile par temps de pluie (sinon, vous aurez le choix entre aucune ouverture ou de la pluie sur la tente).

 

 

Des tentes sont ouvertes sur le petit ou le grand côté: une ouverture en bout de tente offre une structure plus solide et plus aérodynamique mais moins commode non seulement pour entrer et sortir (il faut ramper) mais aussi pour utiliser l'abside (rangement, séchage ou cuisine) car il faut tout dégager pour y passer.

 

La facilité de montage, en particulier sous la pluie avec du vent, est aussi un élément à prendre en compte pour départager deux tentes semblables (il serait par contre bizarre d'en faire un critère de base). Les plus faciles à monter sont les autoportantes à arceaux dont la toile est suspendue à des crochets; à contrario, celles dont il faut enfiler les arceaux dans des gaines sont parfois fastidieuses même si cela est plus solide. Les tentes à mâts droits, type canadiennes ou tipi, sont faciles à monter à condition que le sol soit approprié au plantage des piquets: sable, pierres, neige, gel peuvent rendre le montage très difficile; pour minimiser ces problèmes, il faut avoir des cordelettes de tension longues afin de maximiser les possibilités de plantage des piquets. Afin de réduire le poids et augmenter le volume utile, beaucoup de tentes sont maintenant mixtes: des arceaux plus des piquets.

 

 

La plexamid de ZPacks, un tipi asymétrique en DFC utilisant le bâton de marche comme mât: grande légéreté, bonne habitabilité, étanchéité totale mais de la condensation.
La plexamid de ZPacks, un tipi asymétrique en DFC utilisant le bâton de marche comme mât: grande légéreté, bonne habitabilité, étanchéité totale mais de la condensation.

 

 

la durabilité

 

La durabilité ne vous concerne que si vous êtes un utilisateur régulier car une tente milieu de gamme va durer une centaine de nuits avant de présenter des signes de vieillissement, ce qui vous suffira sans doute. Si vous voulez que votre tente dure, aucun mystère, c'est plus cher et, sauf pour le Composite Dyneema, plus lourd.

 

En dehors des tentes en Composite Dyneema dont il a déjà été question et qui sont le top en matière de durabilité, celle-ci dépend de plusieurs facteurs:

  • - le grammage de la toile: plus le toile est légère, moins elle va durer. Le grammage des tissus est donné en deniers: pour faire simple, plus la valeur est basse, plus le tissus est léger, donc une toile de 10D est plus légère et moins solide qu'une toile de 30D.
  • - la qualité des renforts sur les points d'ancrage.
  • - la qualité des mâts ou arceaux.
  • - le mode d'accrochage du double toit et/ou de jonction toile/mats. Là aussi, pour faire simple, plus la surface de coutures est importante et plus la tension se fait en poussée plutôt qu'en traction, mieux c'est.

Ceci étant dit, il ne faut pas exagérer l'importance de ce critère: une tente de 300€ qui dure 100 nuits revient à 3€/nuit, ce qui n'est pas  cher. Ma tente à 550€ m'a abrité plus de 220 nuits, soit 2,5€/nuit et elle est toujours en bon état.