5.4  L'orientation

 

Le GPS a beaucoup simplifié l'orientation et il serait peu logique de ne pas en profiter maintenant que de nombreux smartphones en sont pourvus. Le GPS est certes devenu incontournable, mais il ne faut pas trop lui en demander. Dans les forêts, la couverture végétale peut être trop dense pour capter les satellites. Par ailleurs, l'utiliser continuellement durant des jours épuise la batterie trop vite. Il faut donc naviguer en observant le terrain et la boussole et n'utiliser le GPS que pour fixer sa position en cas de doute.

 

Les GPS classique, type Garmin, sont à mon avis dépassés: ils ont une mémoire trop faible pour embarquer les cartes alors qu'un smartphone avec une bonne carte mémoire peut intégrer des milliers de kilomètres carrés de cartes au 25 millième pour une utilisation hors ligne.

 

Il est possible qu'un téléphone soit un peut moins rapide ou précis qu'un GPS dédié, mais je pense que c'est marginal au regard des avantages du smartphone. Il faut faire attention à trois points en le choisissant:

 

  • s'assurer qu'il s'agit d'un vrai GPS captant les signaux A-GPS (ceux émis par les relais téléphoniques), mais surtout les GPS satellitaire directs et si possibles Glosnas (le système russe) et Galiléo (le nouveau système européen encore plus précis).
  •  vérifier que la batterie a assez d'autonomie pour l'utilisation que vous prévoyez (le mode avion permet la navigation GPS tout en économisant le courant) et prévoir éventuellement un accumulateur de secours.
  • choisir un appareil solide, si possible étanche, et bien le protéger de l'eau de la poussière et du froid. Pour ma part, j'utilise le Caterpillar S41 qui est lourd, solide, étanche et qui possède une batterie qui me donne 7-9 jours d'autonomie en navigation en mode avion.

 

Il y a de nombreux logiciels de GPS pour smartphones: en France, l'app Iphigénie avec un abonnement IGN permet de télécharger (lentement) le fonds IGN au 25 millième.

 

J'utilise aussi Back Country Navigator PRO (pour Androïde uniquement) que j'ai trouvé très agréable et qui peut télécharger plusieurs types de fonds de cartes gratuites à condition d'être patient et d'avoir une grosse carte mémoire sur l'appareil. Le chargement est pénible car lent et il échoue souvent, mais cela en vaut la peine, en particulier pour les atlas pays.

 

Lors du choix d'une application, il faut vérifier qu'elle est prévue pour les marcheurs (pas pour les voitures), qu'elle permet l'utilisation hors ligne des cartes téléchargées et que celles-ci sont disponibles pour cette app.

 

Je suis adepte des seules cartes électroniques et ne prends pas de cartes papier à cause de leur poids. Pour moi, et à condition d'avoir un smartphone solide avec une bonne batterie et une grosse carte mémoire, les cartes électroniques ont des avantages déterminants:

 

  • Elles ne pèsent rien: du coup, on peut en prendre plusieurs jeux avec des échelles différentes pour cumuler les avantages et la couverture du terrain.
  • Elles sont, pour la plupart, couplées au GPS donc pas de triangulation toujours délicate à faire pour connaître sa position.
  • Elles incluent les points d'intérêt (waypoints) et parfois les traces.

 

Elles ont aussi quelques inconvénients:

 

  • Si le smartphone tombe en panne... ouille. D'où la nécessite d'en prendre un solide et étanche, plus une boussole.
  • Si on utilise le smartphone pour écouter de la musique ou lire, ce qui n'est pas mon cas, on aura un problème d'autonomie et il faudra prévoir un chargeur solaire ou une batterie d'appoint, d'où du poids supplémentaire.
  • L'écran d'un smartphone est petit (et une tablette serait trop lourde): il est parfois difficile de bien lire les détails de la carte si on a besoin d'avoir un champ de vision de l'ordre de 20Km ou plus et cela force à changer d'échelle souvent, ce qui peut être source d'erreurs d'appréciation si on oublie de regarder l'échelle utilisée à un moment donné.

 

Je navigue essentiellement à vue, c'est à dire que je regarde la carte pour noter les caractéristiques des prochains kilomètres comme:

  • les points remarquables dans l'axe de marche
  • le degré et le sens des pentes
  • les accidents de terrains (vallées, cours d'eau, crêtes)
  • les routes ou constructions
  • la direction magnétique.

 

Ensuite je suis le chemin ou la ligne que j'ai dessinée sur le paysage et ne sort le GPS pour fixer ma position que si j'ai un doute.

NOTE sur les Batteries: toutes les batteries sont affectées par le froid qui les décharge rapidement. Dès qu'il fait moins de 5°, mettez tous vos appareils électroniques et batteries d'appoint sur vous, ou dans votre sac de couchage la nuit, sous peine de voir les batteries se vider.

 

Petit rappel sur la navigation à la boussole

 

Le GPS est cependant un appareil électrique sujet à la panne ou à la batterie vide. Il est donc indispensable de savoir s'orienter et utiliser une boussole classique. Par ailleurs, ne faites jamais confiance à la boussole électronique d'un smartphone: ses indications ne sont pas assez fiables; prenez une vrai boussole à bain d'huile de bonne qualité (les Recta sont une référence).

 

Le plus souvent, vous n'aurez besoin de connaître le nord que pour savoir si vous prenez le chemin de droite ou de gauche et une approximation sera suffisante après un coup d'oeil au GPS ou à la boussole. Mais parfois, vous aurez vraiment à naviguer... ou vous choisirez de le faire. Dans ce cas:

 

  • Attention avec la boussole: il faut la tenir éloignée du smartphone et de tout courant électrique/magnétique (piles) sinon elle indique n'importe quoi.
  •  Ne pas oublier de tenir compte de la déviation magnétique, c'est à dire de l'angle formé par la direction du nord géographique, celui de la carte, et du nord magnétique, celui de la boussole. Elle est généralement indiquée en bas des cartes car elle varie selon la date et l'endroit.
  • Ainsi, si la déclinaison est de 2° Est, cela signifie que pour marcher vers le Nord géographique de la carte, soit 0°, il faut viser 2° EST : pour suivre un azimut géographique, il faut lui AJOUTER la déclinaison si celui-ci EST, et la RETIRER si elle est OUEST.

 

 Plus généralement, lorsque l'on utilise la carte et la boussole pour définir un cap, soit on oriente la carte au nord magnétique et on lit directement l'azimut (mais c'est difficile sur le terrain), soit on ne s'occupe pas de l'orientation de la carte, on trace une ligne sur son axe de marche prévu que l'on prolonge jusqu'à une ligne verticale de la carte, ou son bord, on place la ligne de visée de la boussole sur cette ligne avec l'axe de la boussole à l'intersection de la ligne verticale (le nord géographique) et de l'axe de marche, puis ont oriente le nord de la lunette tournante boussole sur le nord de la carte (le bord vertical).

 

Il faut alors, pour avoir le cap magnétique AJOUTER la déclinaison magnétique EST ou RETIRER la déclinaison magnétique OUEST.

 

En France, la déclinaison magnétique est faible: inutile d'en tenir compte pour des visées sur une courte distance ou si une grande précision n'est pas nécessaire, mais ailleurs, aux USA par exemple, cette déclinaison peut atteindre 9 ou 10° et là, il faut en toujours en tenir compte.

 

Ne jamais se fier aux indications d'une boussole électronique de téléphone portables: certaines sont bonnes, mais rarement précises et jamais entièrement fiables.

 

 

Par ailleurs, lorsqu'on navigue à la boussole ou au GPS, il faut absolument éviter de marcher les yeux sur les indications de l'appareil car il est très facile de marcher dans la bonne direction mais en crabe pour éviter des obstacles ou suivre une pente et donc finalement finir pas du tout où l'on voudrait aller.

 

 Dans l'exemple ci-contre le marcheur au point A vise bien un lac à 325° magnétique, mais tout en marchant dans la bonne direction, il dérive lentement vers le point B plus au nord à cause de la pente.

 

Il faut donc viser un point du paysage, aussi lointain que possible, et marcher vers lui aussi droit que possible.

 

Quelque fois, dans une forêt par exemple, cela signifie faire des visées tous les quelques dizaines de mètres.

 

Enfin, ne soyons pas présomptueux: sauf visée facile ou coup de chance, on dérive toujours un peu sur quelques heures, et parfois énormément si les conditions sont difficiles (terrain très accidenté, forêt). Il est peu prudent de viser un point difficile à identifier car quand on le loupe, on ne sait pas s'il est à gauche ou à droite de notre position.

 

Dans ces cas, il faut mieux prévoir l'erreur en visant un point légèrement décalé sur une ligne identifiable (par exemple quand telle montagne sera à 95° de ma position). Une fois arrivé sur cette ligne, il suffit de la suivre sur une courte distance dans le direction du décalage.

 

 

Il y a aussi des cas désespérés: en cas de brouillard, si le terrain est difficile... attendez un temps plus favorable. Ne pas perdre une demi-journée ne vaut pas une jambe cassée.

 

Si vous devez vous repérer en visant à la boussole des point saillants et connus du paysage, en général des montagnes, souvenez-vous qu'il faut au moins deux visées sur un point pour estimer votre avance et qu'il est préférable de choisir un point assez proche de vous et aussi près de la perpendiculaire à votre route que vous le pouvez; ainsi, vous obtenez des différences d'angles par rapport au Nord magnétique plus faciles à mesurer (exemple A1 et B1 sur la carte). Ainsi le marcheur de A1 à B1 mesurera mieux sa position par rapport au sommet repère que le marcheur allant de A2 à B2 car les angles qu'il mesurera seront très proches l'un de l'autre.

 

Pour fixer votre position à un moment donné, il faut par contre au moins deux visées sur deux point différents, idéalement situés à 90° l'un par rapport à l'autre (exemples du point B1 visant à la fois le sommet repéré sur la carte et le point A2 ou B2)

 

Enfin, méfiez-vous des raccourcis: ils sont souvent très, très longs. Sauf visibilité parfaite sur tout le parcours, il est plus rentable de revenir sur ses pas jusqu'au dernier point connu et de repartir de là dans la bonne direction. Prendre un raccourci demande une excellente lecture de carte et un peu de chance: j'ai ainsi mis 1h30 à m'extirper d'une zone couverte d'arbustes accrocheurs qui ne faisait que 100m de diamètre en 2016! Plus proche de chez nous, essayez de traverser un beau roncier et vous comprendrez ce que je veux dire.