5.2  le Bivouac

 

 

Le but du bivouac est de se reposer aussi bien que possible. Partons du principe que vous avez le bon matériel (voir cette section).

Le choix d'un bon emplacement dépend avant tout des conditions météo.

 

 

Petit préalable: l'autorisation

 

A-t-on le droit de bivouaquer partout? Non, évidemment. Précision: bivouaquer, ce n'est pas la même chose que camper. Le bivouac s'entend comme le séjour d'une seule nuit sur un lieu donné, non aménagé, en général de 19h à 09h, par une (ou des) personne non motorisée, sous un abri léger ne permettant pas la station débout. Il est en général mieux toléré que le camping, surtout s'il n'y a pas de sur-fréquentation.

 

 S'il s'agit d'un terrain privé, on est sensé demander l'autorisation... à supposer que l'on trouve le propriétaire. Il va de soi qu'on ne  bivouac pas dans un terrain clôturé sans autorisation. Sur des terres agricoles ou boisées, la plus proche ferme est en général le bon endroit où s'adresser; en étant aimable, vous aurez en prime de l'eau et des conseils. S'il n'y a rien à l'horizon, soyez au moins discrets, propres et ne faites pas de feu; si quelqu'un s'approche, allez au-devant de lui et, s'il est le propriétaire, commencez par vous excuser et par préciser que vous serez parti le lendemain matin avant de demander l'autorisation de rester. D'après ma propre expérience, il est rare de devoir déménager, sauf à se trouver sur une réserve de chasse.

 

 Sur des terrain publics, cela dépend du Maire mais là aussi, difficile de savoir ce qu'il en est lorsqu'on est de passage. De plus, pour être opposable, l'arrêté d'interdiction doit être visible au points d'accès habituels de la zone... mais bon, ne soyez pas légaliste: là aussi, un peu de discrétion et d'amabilité font merveille. Il est presque toujours interdit de bivouaquer en bord de mer ou de plans d'eau, à moins de 500 d'un monument historique et dans les zones naturelles spécifiquement protégées.

 

Les parcs nationaux, régionaux ou naturels ont chacun leur propre réglementation qu'il faut consulter (voir le site www.lecampingsauvage.fr). Pour faire simple, il est en général toléré de bivouaquer à plus d'une heure de marche des limites du parc ou près des refuges.

 

Par beau temps, il s'agit de trouver un emplacement plat au sol sec et meuble sans aspérités, si possible avec de l'ombre en été. L'idéal est une petite clairière entre des résineux, mais un tapis de feuille mortes ou un sol nu sont acceptables. L'erreur fréquente à éviter est de s'installer sur de l'herbe verte, juste à côté d'eau ou dans le fond d'un vallon : humidité le soir, condensation le matin et bruit de rivière vous assurerons une mauvaise nuit.

 

Avant de planter la tente, il faut absolument balayer soigneusement à la main la surface que prendra le tapis de sol pour détecter et enlever les cailloux, pommes de pin, épines, branches et autres objets susceptibles de trouer le tapis de sol et le matelas gonflable, qui aidera à gommer les bosses mais qui est fragile aux pointes, y compris petites: faites donc particulièrement attention. Il est aussi conseillé de s'étendre sur la tente encore démontée pour vérifier que le sol est bien plat ou pour orienter la tente dans le sens de la (très) légère pente difficile à repérer à l'œil nu. Par beau temps, essayez donc d'utiliser la tente comme tapis de sol, sans la monter, et de dormir dessus: c'est un peu étrange au début, mais dormir ainsi à la belle étoile est une expérience dont on ne se lasse pas une fois qu'on l'a apprivoisée.

 

Si le vent s'est levé, il devient la priorité car une toile de tente qui bat toute la nuit est une recette sûre pour une nuit hachée; de plus, le vent est un facteur important de refroidissement. Il convient alors de trouver une place aussi protégée du vent dominant que possible. La végétation, qui casse le vent, est une meilleure protection qu'un rocher ou un muret que le vent contourne bien souvent en créant des tourbillons: une haie, une forêt, un buisson ou bosquet dense sont efficaces. En cas de vent violent, une simple dépression du sol est un pis-aller mais, si le temps est sec, le mieux est de dormir à la belle étoile car il est bien plus facile de trouver un abri pour un sac de couchage de 30cm de haut que pour une tente de 130cm et le vent est toujours moins fort à ras du sol. En dernier recours, sur des terrains pierreux, on peut construire un muret de 40cm de haut et se coucher le long de ce muret, mais c'est un pis-aller qui demande beaucoup de travail. Evidemment, si une grange, une bergerie ou tout autre abri en dur s'offre à vous, n'hésitez pas.

 

N'oubliez pas que le vent en haute altitude qui pousse les nuages et le vent à votre niveau peuvent être différents. Dans les grandes vallées de montagne en particulier, il est possible d'avoir des vents de type catabatique, c'est à dire de l'air chaud qui monte de la vallée en fin d'après midi et de l'air froid qui descend le matin. En cas de vent dominant stable, mieux vaut être sur une face de montagne/colline opposé à son origine: face Est pour un vent d'Ouest par exemple.

 

 

Seulement par temps calme !

l'orage menaçant, une protection était indispensable.


 La pluie: Les tentes modernes ne craignent pas beaucoup la pluie, l'ennemie restant le vent qui peut souffler des gouttes partout. Si la pluie menace d'être forte, il convient d'éviter tout ce qui ressemble à un creux et mieux vaut s'installer sur un terrain très légèrement en pente pour assurer un bon drainage et ne pas se réveiller dans une flaque.

 

En cas d'orage ou de grêle, essayez de trouver un abri en dur ou un petit espace dans une forêt, mais évitez les arbres isolés et les crêtes. Si la grêle est vraiment forte, elle sera sans doute brève: mieux vaut attendre en s'abritant sous son sac à dos si la tente n'est pas encore montée; si elle est montée... démontez-la, ou du moins abattez les mats si vous pensez que les murs tendus risquent d'être endommagés: mieux vaut être mouillé que de devoir abandonner la balade à cause d'une tente inutilisable.

 

 Petites astuces:

  • ·         Pensez à avoir sous la main un bout de tissu (le gant de toilette fait très bien l'affaire) pour essuyer la condensation de l'intérieur des murs de la tente au réveil.
  • ·         Placez toujours vos affaires de même manière dans la tente: cela vous permet de les retrouver facilement même la nuit.
  • ·         Rien de plus agaçant que d'oublier en partant un objet, forcément important puisque nous ne prenons rien d'inutile. Pour cela, le mieux est de remplir sont sac toujours dans le même ordre et de la même façon: une fois l'habitude prise, un oubli est immédiatement ressenti durant le remplissage. De plus, cela assure, après quelques essais, d'avoir un sac bien équilibré sans rien qui vous rentre dans le dos sans avoir à réfléchir ou à perdre du temps le matin.
  • ·         Les batteries et piles craignent le froid qui les décharge: placez tout le matériel électrique dans le fond de votre sac de couchage la nuit. Si vous l'emballez dans des chaussettes, il risque peu d'être endommagé.
  • ·         Si vous devez absolument utiliser le réchaud dans la tente (uniquement avec un réchaud à gaz, évidemment), placez-le sous l'endroit le plus haut de la tente, écartez bien tout le reste, ne le faites pas fonctionner à fond, tenez et le lâchez jamais la gamelle et passez régulièrement votre main au-dessus et sur les côtés du réchaud pour vérifier que la chaleur dégagée ne menace pas la tente. Installez-vous confortablement, car il ne sera plus question de bouger avant d'en avoir fini avec le réchaud. Penser à prévoir avant de commencer quelque chose pour isoler la gamelle chaude du tapis de sol. Si la construction de votre tente permet de faire tout cela sous l'auvent, c'est parfait, mais mieux vaut être bien à sa main dans la tente que de se contorsionner pour rester dans l'abside.
  • ·         Une bouteille en plastique fait une bonne base d'oreiller une fois enrobée de vêtements et placée dans un sac de rangement. Il vaut mieux qu'elle soit pleine car sinon elle se déforme à grand bruit quand on bouge.
  • ·         Lorsqu'on arrive le soir, on a surtout envie de se reposer, pas de faire des corvées. En plus, il fait plus frais/froid. Alors, lavez-vous et lavez vos chaussette plutôt vers midi, c'est bien plus agréable et cela donne du temps au séchage.
  • ·         Lavage encore: si vous vous êtes arrêté dans un hôtel pour une douche chaude, vous pouvez laver le Tshirt puis le poser sur une serviette de bain qu'il suffit de rouler et d'essorer pour accélérer beaucoup le séchage.
  • ·         Le dentifrice est lourd: essayez donc d'utiliser le savon, c'est pas si mauvais s'il est de Marseille.
  • ·         Habituez-vous à dormir la tête hors du sac de couchage pour ne pas en humidifier le haut; avec un bonnet et un tour du cou, c'est presque pareil.
  • ·         Les fourmis et la plupart des bestioles rampantes sont diurnes: soyez donc tranquilles, vous ne serez pas envahis la nuit, même s'il y en a dans la soirée. Par contre, beaucoup de rongeurs sont nocturnes: ne laissez pas trainer de nourriture en dehors de la tente, ou alors suspendez-la dans un sac à une branche.

 Et par pitié:

 ·         Ne rincez pas vos gamelles dans l'eau, courante ou dormante: les débris mettent très, très longtemps à se décomposer. Mon astuce: la gamelle ne sert qu'à faire bouillir de l'eau, je ne cuis jamais rien dedans et je réhydrate les soupes, nouilles, semoule ou plats lyophilisés dans un sac de congélation refermable dont je bois l'eau de rinçage et que je garde ensuite pour la prochaine fois: pas de vaisselle, pas de déchets!

  • ·         Utilisez aussi peu de savon que possible: si vous devez rincer, utilisez une gamelle et jetez l'eau sale par terre à plus de dix mètres de la rivière ou de l'étang.
  • ·         Ne laissez aucun détritus derrière vous!
  • ·         Les étrons sont naturels et retournent à la terre assez vite: il suffit donc de s'éloigner des lieux de campement et de les enterrer à plus de 15cm ou au moins de les couvrir (soyez gentils: s'ils sont juste couverts, mettez deux branches en croix dessus pour prévenir le suivant). Par contre, le papier toilette dure une éternité et semble attirer les bestioles qui le déchiquettent et l'éparpillent, alors un peu de sens civique: si vous répugnez à emporter votre papier toilette usagé (la meilleure solution est un sac de congélation) enterrez-le bien, à au moins dix centimètres de profondeur (un piquet de tente est bien commode pour creuser le trou). A minima, si le trou est trop difficile à creuser, utilisez un bout de bois pour mélanger papier toilette et selles avant de les couvrir au mieux: cela découragera les animaux de venir éparpiller le papier et facilitera sa décomposition.
  • ·         Encore pire que le papier, les lingettes sont quasiment indestructibles: remportez-les.
  • ·         Attention au feu! si vous en allumez un (mauvaise idée), soyez absolument sûr qu'il ne risque pas de se propager (pensez au vent) et noyez-le abondamment d'eau avant de dormir ou de partir, en remuant les cendres pour débusquer les tisons encore fumants dessous. Et s'il n'y a pas d'eau à proximité immédiate, ne faites pas de feu.