3.  Porté sur soi

3.1  Les vêtements

Je ne parle ici que de l'automne, l'été et du printemps. La randonnée en hiver n'est pas du domaine de la marche légère à cause du matériel nécessaire.

 

Transpiration et confort.

 

Le marcheur passe par deux états opposés: la marche et le repos.

 

Durant la période de marche, le pire ennemi du marcheur qui n'est pas le froid mais... avoir trop chaud par temps frais ou froid (par temps chaud, on n'a pas trop le choix!). En effet, avoir trop chaud induit de la transpiration, qui humidifie les vêtements et les imprègne de sel, ce qui rend le séchage plus lent et rend la protection contre le froid difficile dès que l'on s'arrête. En marche, il faut donc se couvrir de façon à avoir juste un peu froid et ne jamais hésiter à s'arrêter trente secondes pour ajouter ou retirer une couche en fonction du temps et du terrain: ainsi, cela vaut toujours la peine d'enlever un coupe vent mis pour une descente lorsque la prochaine montée commence, même si ce manège doit se répéter dix fois dans la journée.

 

J'ai essayé une jupe pour le temps vraiment très chaud du désert (photo) et c'est très agréable... il faut juste se faire aux regards parfois étonnés des autres.

 

Le froid.

 

Les pertes de chaleur sont dues à une température ambiante basse, mais surtout à deux facteurs aggravants: l'humidité et le vent, dont il faut se protéger.

 

La premier facteur de froid, et le plus fréquent, est le vent . Avant tout un peu de bon sens: dans toute la mesure du possible, il convient d'éviter l'arrêt prolongé ou le bivouac dans un lieu exposé à des vents forts. Une grange, un gros buisson, un bosquet d'arbres, une haie qui cassent le vent en le filtrant sont des protection souvent plus efficaces qu'un repli de terrain ou un rocher dont le vent peut suivre les contours ou former des tourbillons. Par ailleurs, les fonds de vallons sans vent mais où l'humidité de la nuit s'accumulent sont des refuges intéressants pour une halte, mais pas pour la nuit (Cf section bivouac). Si aucun abri ne s'offre, la position couchée minimise l'exposition au vent. Côté vêtements, la réponse est aussi simple qu'évidente: il faut enfiler son coupe-vent dès l'arrêt, sans attendre la perte de chaleur et la sensation de froid.

 

Parce que les vêtements de pluie doivent aussi servir de coupe-vent (principe du double usage), je pense que les capes de pluie, très peu pratiques par grand vent, sont peu adaptées à la marche, sauf en secours pour une ballade de journée; je préfère un ensemble pantalon + veste, facile à mettre et assez souple pour être porté longtemps. Par ailleurs, en choisissant un ensemble de pluie, il faut faire au moins aussi attention à la respirabilité qu'à l'imperméabilité: il ne sert à rien d'être parfaitement protégé si on est trempé de l'intérieur par la condensation et la sueur.

 

Les dernières générations de membranes imperméables et respirantes sont très performantes, mais il ne faut pas rêver: aucune ne résiste à des heures de pluie et de vent. Il y a cependant deux parades efficaces:

 

- Pour une pluie violente, avec de grosses goutes dont l'impact rend la pénétration plus facile, le plus simple et de porter, temporairement, une protection supplémentaire étanche sur la tête, les épaules et les bras: un sac poubelle en plastique ouvert sur une couture longue!

 

- Pour une pluie de longue durée, il est utile de porter sous la veste de pluie une polaire fine plutôt qu'un Tshirt: plus épaisse, elle éloignera de la peau la face intérieure humide de la veste de pluie et, en faisant circuler de l'air, facilitera son séchage; la surface extérieure de la polaire et le bas des manches seront mouillés , mais pas l'intérieur si la veste est de bonne qualité.

 

Surtout, il faut se faire une raison: si vraiment vous insistez pour marcher des heures sous la pluie... vous serez mouillé et tout ce que qu'on peut tenter, c'est de limiter les dégâts. Dans ce sens, il est important de toujours garder au moins le sac de couchage et la doudoune au sec dans des sacs étanches pour avoir une bonne isolation disponible une fois au sec.

 

De même, si on est forcé de marcher longtemps sous la pluie et qu'on est mouillé, il vaut mieux ne jamais s'arrêter avant d'avoir atteint son refuge du jour ou lieu de bivouac: s'arrêter signifie en effet perdre rapidement la chaleur accumulée avec l'effort, chaleur qu'il est très difficile de récupérer ensuite; on sera de plus tenté de sortir des vêtements secs pour avoir chaud, au risque de les mouiller et de n'avoir plus rien pour le soir. D'après mon expérience, il est moins pénible de marcher des heures sans arrêt mais chaud que de frissonner toute la journée.

 

Vêtements de nuit

 

Certains marcheurs gardent précieusement au sec une couche (Tshirt, collant, chaussettes) réservée à la nuit. L'idée est bonne au moins autant pour conserver un sac de couchage raisonnablement propre que pour la chaleur. Cependant, je pense que le poids de cette couche, environ 150+160+30=340gr, n'est pas intéressant par rapport à un sac à viande léger (100 à 160gr selon la longueur, j'aime les sacs Cotenor coton et soie), solution que je privilégie avec, en sus, le port de la doudoune et du bonnet la nuit s'il fait trop froid.

 

 

Les principes

 

Il y a certaines règles simples pour composer un habillement polyvalent et léger qui permettent de bien luter. Une fois au campement, la doudoune assure d'un bon confort. Ces vêtement doivent répondre aux critères suivants:

  • - Des vêtement uniquement en fibres synthétiques évacuant bien l'humidité (polypropylène, polyester, fibre polaire, microfibre), si possible traitées anti-odeur et, éventuellement, anti-UV.
  • - Des vêtements en couches fines et multiples (deux polaires fines plutôt qu'une seule épaisse) ceci afin de mieux réguler la température.
  • - Pas de tissus irritants (nylon) ou de coutures placées aux points de friction (ceinture, bretelles...mesdames, attention aux points de friction des soutien-gorge)
  • - Jamais de coton (Tshirt, Jeans) car il absorbe l'humidité, devient irritant et sèche lentement.
  • - De la laine mérinos uniquement si vous transpirez très peu et seulement pour la couche directement sur la peau (chaussettes et Tshirt).
  • - Toujours prévoir la protection de la tête et des mains, au moins autant pour le moral que pour la chaleur perdue.

 

A titre d'exemple, voici la composition de ma garde-robe, y compris ce que je porte sur moi:

  • un Tshirt manche longue fin, avec col, en synthétique
  • une veste en polaire fine
  • un pantalon fin en polypropylène avec jambes détachable
  • trois paires de chaussettes fines de course.
  • un bonnet en polaire fine
  • un bout de soie comme foulard
  • un ensemble pantalon & veste de pluie / coupe vent
  • une micro doudoune
  • une paire de moufles en polaire fine
  • une paire de sur-moufles étanches
  • une paire de micro guêtres
  • une casquette avec protège nuque.
  • une paire de gants sans doigts (protection contre le soleil)

 Poids total: 1.850gr, dont un minimum de 500gr sur soi.

 

Cela peut sembler peu, mais j'ai marché ainsi équipé des mois d'affilés avec des températures entre +40° et -5° entre 0 et 4.300m d'altitude sans jamais avoir (trop) froid ou besoin de plus (les frileux peuvent ajouter une deuxième polaire fine). Sauf les chaussettes, je ne porte aucun rechange: le Tshirt peut être lavé, essoré et remis en une heure par beau temps et par mauvais temps, on attend le beau temps pour laver! (petite astuce pour les lessives d'étape: si vous le pouvez, roulez les articles que vous voulez sécher dans un serviette de bain et essorez-la. Les vêtements en ressortent juste humides).

 

Par temps froid ou venteux, je mets l'ensemble de pluie: protégé du vent, le Tshirt et la polaire suffisent très largement: en fait, je ne porte qu'exceptionnellement ces trois couches ensemble car j'ai alors trop chaud. Idem pour le bas: je marche presque toujours en short, mais le pantalon normal + le pantalon de pluie assurent une protection optimale par temps froid.

 

En fait, lorsqu'il pleut, je ne mets souvent que le pantalon de pluie pour garder mon short sec. J'expérimente actuellement des chaussettes étanches et une jupe de pluie en composite Dyneema, mais pas depuis assez longtemps pour donner un avis. Les lecteurs observateurs auront remarqué l'absence de slip/caleçon: je n'en utilise pas car c'est à mon sens une source de frottements et d'irritations inutile.

 

Les chaussettes doivent être l'objet d'un choix particulièrement soigneux. Il est impératif qu'elles collent bien au pied pour éviter les ampoules et qu'elles sèchent rapidement car il faut en changer au moins tout les deux jour, de préférence chaque jour. Le reste est une question de goût: personnellement, je préfère des chaussettes basses, fines, avec un avant-pied, dessous et talon en cordura et un dessus avec de l'elastane; ce type de chaussette est le plus souvent classé dans les chaussettes de course/trail et pas dans les chaussettes dites de marche qui ont tendance, à mon avis, à être trop épaisses pour bien coller au pied et pour sécher rapidement. Il est important que la chaussette évacue bien l'humidité du pied vers l'extérieur car sinon, cette humidité amollie la peau et les ampoules se forment: c'est pour cela que je préfère les chaussettes fines. Un petit conseil: très peu de fabricants assurent un suivi de leur production: une fois que vous avez trouvé une chaussette qui vous convient bien, achetez-en plusieurs paires car il est probable que vous ne trouverez plus ce modèle plus tard. Mention spéciales pour les chaussettes Darn tough, un peu épaisses à mon goût mais qui sont garanties à vie... et c'est vrai!