3.2  Chaussures et bâtons

Les chaussures

 

Sujet bien délicat car victime de la tradition montagnarde et des conseils souvent mal avisés des vendeurs.

 

 

Traditionnellement, la chaussure de marche était très protectrice, au-dessus de la cheville, avec une semelle raide en vibram, lassée serrée, aussi étanche que possible. J'en ai porté... et j'ai eu les mêmes ampoules que tout le monde. Aujourd'hui, ces chaussures sont réservées à la haute montagne technique, aux nostalgiques et aux masochistes.

 

 

 

Les chaussures modernes de montagne ont fait des progrès, mais elles restent hautes, protectrices, raides, imperméables et, bien sûr, lourdes: entre 650 et 900gr pour les modèles les plus courants. Or, faites le calcul: 20km, c'est environ 25.000 pas, donc 25.000 fois soulever le poids des chaussures et chaque 100gr de plus font... 2.500Kg à la fin de la journée!

 

 

 

Il y a de bonnes et de mauvaises raisons de choisir encore aujourd'hui une telle chaussure.

 

Les bonnes:

  • si vous allez en haute montagne en dehors des sentiers
  • si vous devez mettre des crampons
  • si vous êtes en conditions hivernales
  • si vous êtes un professionnel (ces chaussures durent longtemps)
  • si vous avez un réel problème de stabilité de la cheville.

 

Les mauvaises:

  • parce que cela soutien et protège la cheville (alors que vous n'avez pas de problème particulier)
  • parce que cela fait sérieux
  • parce que c'est solide et étanche
  • parce que le vendeur vous l'a conseillé

 

Le mauvais motif qui a la vie la plus dure, c'est la protection de la cheville. Il n'est pas entièrement faux: la cheville est mieux protégée des torsions et des pierres, mais à quel prix?

 

Constatez: pour 20 km, vous allez faire environ 25.000 pas de 80cm, c'est à dire soulever 25.000 fois le poids de vos chaussures:

pour une chaussure de 300gr, cela fait (20.000/0.8)*0.3= 7.500 kg

pour une chaussure de 600gr, cale fait 15.000 kg

 

cela fait une différence de 7,5 TONNES de plus dans la journée.

 

En plus:

  • une chaussure raide avec un pied souple en mouvement dedans provoque des frictions, donc un fort risque d'ampoules.
  • pour minimiser les ampoules, la chaussure doit être lassée serré, donc risque d'irritation et d'inconfort.
  • le pied fléchit et se déroule naturellement durant la marche; dans une chaussure lourde, il est contrait de rester immobile et se crispe.
  • Une chaussure raide oblige à descendre le talon en avant, provoquant une onde de choc à chaque pas qui vient traumatiser le genoux (voir la section "méthode - la marche).
  • Une chaussure lourde est aussi moins perméable à l'air, donc l'humidité du pied s'évacue moins bien, la peau s'amollit et le risque d'ampoules et d'irritation augmente.
  • Enfin une chaussure lourde est inconfortable à l'étape et vous encourage à prendre une deuxième paire pour la fin de journée: c'est au moins 250gr de plus dans le sac.
  • Pour finir, ces chaussures sont durables, mais chères à l'achat.

 

 

Conscients de ces inconvénient, les fabricants nous proposent désormais des modèles plus ou moins allégés, plus ou moins souples qui sont mieux adaptés à la plupart des utilisateurs, mais qui ne vont pas au bout de leur logique.

 

 

Que cherche le marcheur?

 

 

une chaussure légère, souple, confortable, protectrice, accrocheuse, qui ne donne pas d'ampoules ni d'irritation, éventuellement imperméable.

 

 

 

 Cela existe: c'est la chaussure de course en montagne, en général connue sous le nom de trail. Dites-vous bien que si des compétiteurs les utilisent pour courir sur des dizaines de kilomètres en montagne avec des milliers de mètres de dénivelés, c'est qu'il y a de bonnes raisons: elles sont légères, souples, confortables, protectrices de la semelle, accrocheuse, éventuellement imperméables et ne donnent pas d'ampoules. Elles permettent un mouvement naturel du pied, en particulier à la descente pour protéger le genou, et sont assez confortables pour ne pas nécessiter une deuxième paire à l'étape. Le hic? elles ne protègent pas la cheville, c'est vrai, mais j'ai marché plus de 15.000km avec des chaussures basses sans m'abîmer la cheville alors, cette protection vaut-elle la fatigue et l'inconfort qu'elle impose? à mon avis, non et ce n'est pas un hasard si la quasi-totalité des marcheurs qui parcourent 4 ou 5.000Km d'une traite portent des chaussures de trail.

 

Je n'ai aucun conseil à donner sur une marque ou une autre, car cela dépend entièrement de la forme du pied de chacun. Les seuls conseils sont de ne pas tenter de faire des économies sur cet article, de choisir un modèle avec une semelle assez épaisse et de les prendre 1,5 à 2 pointures au-dessus de votre pointure de ville pour tenir compte du gonflement du pied après des heures de marche et pour éliminer tout risque de rencontre des orteils avec le bout de la chaussure.

 

 

 

Ces chaussures gagnent à n'être serrées qu'au minimum, juste de quoi ne pas les perdre; de plus, un nœud plat fait après le deuxième œillet à partir du bas permet de serrer un peu plus le haut pour les descentes sans avoir à comprimer les orteils.

Ce type de chaussure dure environ 1.000Km (j'en suis à 9 paires!), soit 5 à 10 semaines d'utilisation. C'est toujours le dessus qui lâche en premier en se déchirant, mais on peut éventuellement prolonger un peu la vie de la chaussure en recousant les trous avec du fil dentaire (si, si, du fil dentaire, comme sur la photo!).

 

Par ailleurs, la semelle intérieur d'une chaussure neuve est très rarement de bonne qualité et il vaut mieux la remplacer immédiatement par une bonne. Pour ma part, j'ai été convaincu par les semelles américaines Superfeet trailblazer (chez REI) qui sont confortables, bien amorties et durent plus de 2.000Km.

 

Une chaussure étanche ou pas? Les membranes des chaussures ne sont étanches que très peu de temps, mais même après, elles sont utiles en ralentissant l'entrée de l'eau et en retenant la même eau dans la chaussure, ce qui permet au pied de réchauffer cette eau et de ne pas avoir trop froid. Par contre, une fois mouillées, elles mettent longtemps à sécher et, par temps chaud, elles sont moins aérées. Une fois que l'on sait cela, c'est une question de goût et de période de l'année. Personnellement, je préfère une chaussure très aérée qui sèche vite et n'utilise des chaussures dites imperméables qu'en plein hiver.

 

Et pourquoi pas une chaussure dite de marche "légère"? (Cf photos) Oui, pourquoi pas, mais pourquoi s'arrêter au milieu du chemin et prendre un article moins confortable et moins performant que ce que vous pouvez avoir pour pratiquement le même prix? Ceci dit, pour faire quelques kilomètres, cela n'a pas beaucoup d'importance et presque n'importe quelle chaussure de marche fera l'affaire. Par contre, pour de longs parcours ou un usage fréquent, réfléchissez bien.

 

Des bâtons?

 

Personne n'utilisait des bâtons dans les années 90; maintenant, c'est courant: est-ce un progrès?

 

A mon sens , la réponse générale est "oui", avec quelques exceptions. Oui, avant tout parce que les bâtons permettent d'économiser les genoux dans les descentes (Cf section "méthode - la marche") et les cuisses dans les montées. Ils facilitent l'équilibre et permettent de rattraper un petit faux pas qui, sans eux, mènerait à la chute ou à un gros effort pour se récupérer. Ils évitent d'avoir les bras ballants le long du corps, ce qui engorge les mains de sang, sensation désagréable. Ils aident à dynamiser les haut du corps durant la marche lorsqu'on pousse sur les bâtons. Plus rare mais utile, ils tiennent à distance un chien agressif et, pour ceux qui, comme moi, ont choisi une tente canadienne ultra légère, ils servent de mats de tente.

 

Par contre, ils peuvent être encombrants, ils sont lourds s'ils sont mal choisis et ils représentent quelques 60-70 euros de plus à dépenser.

 

Ainsi, pour un marcheur entrainé et sportif en terrain accidenté ou encombré (forêt touffue, montagne, tout-terrain) les bâtons sont un inconvénient. De même, sur route, ils ne servent pas à grand-chose.

 

Des bons bâtons de marche doivent être solides, légers et peu encombrants. Il faut donc éviter tous les bâtons à gadget type amortisseurs qui ne font qu'alourdir l'ensemble. Pour la solidité, l’aluminium généralement utilisé est bon; la fibre de carbone est un luxe inutile et en fait désagréable car elle vibre beaucoup plus à chaque impact. Les bâtons seront télescopiques plutôt que pliables (c'est plus polyvalent). Un peu de pub gratuite: j'utilise depuis 7.000Km des bâtons Fizan à blocage interne d'un poids de 163gr pièce qui me semblent parfaits.