3.3  Le sac à dos

 

Avec les chaussures, le sac à dos est l'équipement le plus important du marcheur, et aussi celui qui est souvent le plus mal choisi. Acheter un sac à dos, c'est aller dans un magasin et passer au moins une demi heure à l'essayer AVEC du poids, ce que les vendeurs ne vous proposeront jamais (car presque n'importe quel sac est confortable rempli de papier): soyez réaliste et venez au magasin avec au moins dix kilos (un pack d'eau pas exemple) à mettre dans le sac qui vous tente. Pour un sac à dos, Internet est une mauvaise idée à moins de commander une modèle que vous connaissez: aussi précis que soit le descriptif technique, il ne tient pas compte de votre morphologie et de votre ressenti (malheureusement, vous n'avez parfois pas le choix pour le matériel ultraléger).

 

Commencez par oublier la publicité, c'est à dire l'accessoirisassions du sac: avant tout, il doit porter confortablement vos affaires et être le plus léger possible. Oubliez aussi l'argument commercial de la solidité: il est très peu probable que vous veniez à bout du moindre sac à dos un peu sérieux.
 

100 litres! un monstre!!
100 litres! un monstre!!
60 à 80 litres: le classique, entre 1,5 et 2,5 Kg
60 à 80 litres: le classique, entre 1,5 et 2,5 Kg
55 litres et 575gr: la sac ultra léger
55 litres et 575gr: la sac ultra léger

 

La contenance d'abord: le sac doit contenir vos affaires... quelles affaires? justement: le sac à dos est le dernier équipement à choisir, une fois que vous avez le reste et que vous pouvez donc estimer la taille du sac dont vous avez besoin; sinon, vous ferez comme une majorité d'utilisateurs: vous le prendrez trop grand "au cas où" et ensuite vous aurez tendance à le remplir "puisqu'il y a encore de la place". Le volume nécessaire dépend en fait de votre budget: le matériel léger et compact est plus cher que le matériel bon marché: par exemple, un sac de couchage en synthétique est 2 à 3 fois plus volumineux qu'un bon duvet, idem pour la doudoune. Pour donner un ordre de grandeur: j'ai marché 8 mois (cumulés) et 7.000km avec un sac de 55 litres en ayant tout le matériel de bivouac et 4 à 6 jours de nourriture sans avoir jamais à forcer pour que tout rentre: je dirais donc qu'un sac ne devrait jamais dépasser les 60 litres grand maximum. Un petit sac est plus léger, il est plus facile à régler et, cerise sur le gâteau, il vous force à faire des choix et à ne pas se laisser entrainer par "le cas où".

 

Le poids du sac est important puisqu'il varie de 600gr à 3Kg! Ce qui alourdit un sac c'est sa taille, ses matières et son accessoirisassions. La taille, c'est vu. La matière des sacs conditionne leur solidité et leur imperméabilité. Comme il l'a déjà été dit, l'argument de la solidité est le plus souvent fallacieux pour le marcheur non alpiniste car tous les sac corrects sont assez solides pour votre usage. Reste l'imperméabilité et là soyons clairs: sauf pour le composite dyneema (cf infra), aucune matière ne reste étanche longtemps car elles dépendent d'un enduit sur l'intérieur du sac qui ne dure jamais bien longtemps. Il faudra donc prévoir un sur-sac ou un sac interne (sac poubelle).

 

L'exception est le composite de dyneema (ex Cuben): une trame de fils en dyneema d'une incroyable résistance (c'est le fil des suspente de parapente) noyée dans un film de polyester: c'est très solide, très léger, totalement étanche et... très cher; à ma connaissance, seuls Zpacks et Hyperlitemountaingear utilisent à ce jour cette matière pour les sacs à dos.

 

La qualité du report de charge sur les hanches est aussi un élément clef: de 60% à 80% du poids du sac doit porter sur les hanches et seulement le peu qui reste sur les épaules. Pourquoi? Parce que les épaules sont fragiles et que allez avoir rapidement mal si elles doivent supporter tout le sac. Il faut donc une armature qui renvoie bien le poids vers les hanches et une ceinture qui  puisse être fortement serrée sans occasionner (trop ) de gène. Les sacs sans armature, plus légers il est vrai, sont réservés aux vrais fans de l'ultra léger qui ne portent que 5 ou 6 kg, ou aux petites sorties avec le sandwich et le pull.

 

Le dernier facteur de poids est l'accessoirisassions, argument de vente aussi fréquent qu'idiot: les petits plus de rangement (réels) ne compenseront jamais le poids additionnel; prenez le plus simple possible et n'hésitez pas à enlever ce qui n'est pas indispensable: vos épaules vous remercieront. Par exemple, les poches à eau avec tubes sont beaucoup plus lourdes qu'une bouteille de soda récupérée. Attention aussi aux rembourrages inutiles: les mousses utilisées sont souvent lourdes, en particulier celles sur les parties en contact avec le dos: préférez les dos en filets tendus. Raisonnablement, un sac à dos ne devrait pas peser plus de 1,5kg... et on peut trouver la moitié.

 

 

 Le réglage de la hauteur du dos est un élément capital qui est très mal utilisé bien que simple: la distance entre le bas de la ceinture du sac et l'endroit où les bretelles du sac se séparent en haut (voir photo) doit être la même que la distance entre votre crête iliaque, c'est à dire les deux os saillant des anches sur le côté, et la 7ème vertèbre cervicale, celle qui fait une petite bosse en bas de votre cou.

 

Pourquoi? regardez les dessins ci-dessous: si le sac est trop bas (le cas contraire est très rare), d'une part la ceinture va se positionner sur les os de vos anches et donc soit glisser, soit demander à être très, très serrée pour tenir; dans le premier cas, tout le poids se trouve supporté par les épaules et bonjour les douleurs, et dans le deuxième cas les muscles autours des anches vont être trop comprimés et souffrir des traumatismes et, là aussi, douleur.

 

Par ailleurs, si le sac est trop bas, il va reposer sur les fesses, ce qui l'éloigne du dos: il va alors vous tirer en arrière ce qui fait mal aux épaules et vous faire marcher penché en avant, position désagréable et mauvaise pour une respiration libre et profonde.

 

Donc, si un sac ne permet pas ce bon réglage pour votre morphologie... prenez-en un autre. Faites particulièrement attention si vous achetez un sac dépourvu de réglage de la hauteur du dos: c'est un peu plus léger, mais soyez sûr qu'il vous convient.

 


 

Une fois la hauteur de dos réglée, vous pouvez passer à la hauteur des bretelles: celle-ci n'est pas forcément constante: en position normale, le bon réglage est celui qui fait passer la boucle de la ceinture du sac sur ou juste au-dessus du nombril et permet donc à la ceinture de reposer sur le haut de la crête iliaque sans avoir besoin d'être trop serrée. Ceci dit, sur une longue journée, il peut être agréable de parfois relâcher un peu les bretelles pour varier les points de pressions.

 

La ceinture doit être fermement serrée pour permettre le report de charge sur les anches. Certains sacs ont des ceintures avec deux sangles de rappel indépendantes qui autorisent un placement un peu en "V" (inversé) sur les anches: c'est un système intelligent qui limite le serrage de la ceinture. Attention aux ceintures dites "flottantes" : si elles ne sont pas fermement accrochées au sac sans glissement possible, elle ne remplissent pas leur rôle premier.

 

Le rappel sur la poitrine en haut des bretelles aide à les maintenir à leur bonne place, c'est à dire plutôt près du cou, et évitent un glissement progressif vers l'extérieur qui est source de douleur aux épaules. Les rappels de charge allant du haut des bretelles au sac sont utiles pour régler la distance entre le sac et le dos: tendues, elles plaquent le sac au dos et rapprochent ainsi le centre de gravité du corps, détendues elles autorisent son basculement vers l'arrière et une meilleure aération du dos: essayez les différentes positions et choisissez; là aussi, il est agréable de varier le réglage en cours de journée.

 

Enfin, il est très important de bien remplir son sac (voir cette section) afin que le centre de gravité du sac soit aussi haut et près du corps que possible afin de rester en équilibre en ne se penchant que très peu en avant. Trop de poids vers l'arrière et le bas du sac, même s'il est bien réglé, entraine un déséquilibre vers l'arrière qui tire sur les épaules et force à une marche penché en avant assez fatigante.