Bilan du CDT (1ère partie)

Eh bien j'hésite: contrairement au PCT, le CDT est un tel mélange qu'après ces premiers 1.800Km couvrant en gros le Nouveau Mexique et le Colorado je n'ai pas d'avis clair.

40° et 10% d'humidité
40° et 10% d'humidité
Une trace qui parfois disparaît
Une trace qui parfois disparaît
quelques rares passages dangereux
quelques rares passages dangereux

La difficulté.

 

 

D'abord, déconstruisons une légende: le site du CDTA et de nombreux blogs présentent ce parcours comme une aventure sauvage, un terrain vierge où il faut chercher sa propre voie. C'était sans doute vrai il y a cinq ans seulement, mais, à de rares exceptions près, c'est faux aujourd'hui: le CDT emprunte de nombreuses pistes carrossables et chemins bien tracés, il est souvent bien signalé sur le parcours "officiel" (celui en rouge sur la carte Bear Creek) et toujours très bien cartographié, avec une excellente trace GPS comportant de nombreuses indications pratiques détaillées (croisements, routes, points d'eau, barrières et points remarquables); de nombreux cairns balisent aussi le chemin sur tous les itinéraires et la trace passe par de nombreuses villes et routes donnant facilement accès à ces villes moyennant un peu de d'autostop très facile, en moyenne tous les 4 jours sans jamais vous obliger à porter plus de 6 jours d'autonomie (à ma vitesse en tous cas).

 

 

Par ailleurs, le kilométrage "officiel" est trompeur car entre les fermetures pour cause d'incendie ou de risque d'incendie (il y en a toujours) et les variantes plus intéressantes, comme la Gila River plutôt que les Blacks Mountains, le marcheur fait toujours une parcours plus réduit: dans mon cas 1.804 Km réellement parcourus pour un parcours officiel de 2.195 Km.

 

 

N'allons cependant pas trop loin dans l'autre sens: ce n'est pas non plus une ballade dans une forêt française. Quelles sont alors les vrais difficultés?

 

 

  • ·      La chaleur sur les partie de désert (5 jours au départ, les 60 Km avant Cuba): il peut faire 35-40° avec une humidité de 10%.
  • ·         Le manque d'eau sur de nombreuses section, soit qu'il s'agisse de désert, soit que l'on soit sur une longue crête par définition sèche. Il est ainsi souvent nécessaire de porter entre 3 et 5 litres d'eau, voire plus pour les gros buveurs ou si on prévoit un bivouac sec.
  • ·         Quelques passages, surtout dans les prairies d'altitudes, demandent de d'avoir et de savoir lire une carte et utiliser un gps/boussole car la trace disparaît au profit de cairns parfois espacés, voire absents alors qu'il est important de retrouver le fil pour la prochaine descente ou montée.
  • ·         Trois courts passages au moins sont réellement dangereux car ils impliquent une descente sur des terrains pentus et instables où une chute serait grave et où rester debout est plus une question de chance que d'habileté (mais il en faut quand même: sujets au vertige s'abstenir). Il est cependant possible de contourner deux de ces passages, qui font moins d'un kilomètre à chaque fois, au prix d'un petit détour.

Donc, pour conclure, le CDT est accessible à tout marcheur confirmé correctement équipé sachant lire une carte et utiliser un gps/boussole et capable de porter normalement 4 jours de nourriture et 3 litres d'eau (5 sur de courtes distances) en faisant en moyenne 30Km par jour au moins. Il ne faut pas être sujet au vertige. En pratique, presque tous les marcheurs qui s'engagent sur le CDT ont déjà à leur actif au moins une longue marche de plusieurs mois (sur ce sujet, lire mon texte sur le fatigue de fond dans la section PCT).


Agrément et désagréments

 

 

C'est là que les choses sont moins claires. Il est très tentant de pouvoir dire que l'on a "fait" le CDT d'un bout à l'autre, si possible en une saison, mais à quel prix?

 

 

a) en une saison: évidemment, cela vous classe dans les throughhikers et c'est flatteur. MAIS pour le faire, il fait partir tôt, durant la première quinzaine d'avril le plus souvent, et cela implique, les années moyennes, de trouver de la neige sur plusieurs tronçons, dont les Montagnes de San Juan. Hors, la neige du Colorado à la réputation d'être pourrie au printemps et d'exposer ceux qui y marchent à s'enfoncer souvent jusqu'au genoux, voire plus, ce qui est épuisant. De plus les San Juan avec de la neige sont très délicats à négocier, voire, à mon avis, impossibles sans risques rédhibitoires s'il y a plus que vingt centimètres de neige. De plus, comme il est impératif d'arriver à la frontière canadienne avant les neiges, c'est-à-dire fin septembre dernier carat et de préférence mi-septembre, on n'a pas de temps pour les imprévus ou pour une repos un peu prolongé. Faire le CDT en deux fois ou plus permet à l'opposé de passer partout aux meilleurs moments, de s'attarder dans les lieux que l'on préfère et de se reposer quand et aussi longtemps qu'on le veut sans avoir la pression psychologique de se dire qu'il faut avancer sous peine de ne pas arriver à temps.

 

 

b) tout faire: là aussi, c'est flatteur MAIS cela veut dire marcher sur d'interminables pistes carrossables dans le désert et se taper un certain nombre de kilomètres de goudron. Personnellement, je refuse le goudron et fait du stop si je peux. J'ai marché sur les pistes carrossables, mais en râlant. Si c'était à refaire, je crois que je referai tout de même le désert du début car même si c'est monotone, c'est une découverte; par contre je sauterai la partie entre Pie Town et Grant.

 

 

Si le PCT se déroule presque entièrement dans des réserves, des parcs ou des lieux protégés, le CDT passe à travers de nombreux ranchs privés et près ou dans de nombreuses villes. Cela signifie que la présence humaine y est beaucoup plus forte, y compris la présence de véhicules (4x4, quads, VTT ou motos).

 

 

A l'inverse, de nombreuses section sont fantastiques: la Gila RIver, les 60Km avant Cuba ou les San Juan par exemple. En fait, je dirai que le Nouveau Mexique est plutôt ennuyeux sauf certains passages alors que le Colorado est fantastique... sauf certains passages. Ce qui est sûr, c'est que je n'ai pas terminé cette première section avec l'impression d'émerveillement global que j'avais ressenti sur le PCT. Il n'empêche que j'en suis suffisamment satisfait pour planifier sans hésiter la deuxième partie pour 2019.

 

De longs tronçons ennuyeux
De longs tronçons ennuyeux
trop de 4x4, quad et motos
trop de 4x4, quad et motos

 

 

 

MAIS

aussi une majorité d’endroits merveilleux: voyez le Journal de marche


Ce que j'ai fait:

  • départ le 22 mai (trop tard)
  • arrivée à Grand Lake le 23 juillet
  • kilomètres réellement marchés: 1.809
  • kilomètres de l'itinéraire officiel: 2.195
  • jours de marche: 53, dont 6 néros (jours avec moins de 20Km)
  • jours de repos complet (zéros): 6
  • moyenne des jours de marche: 34Km/jour (maximum 45Km/jour)
  • heures de marche : 488h,  soit 9h10 par jour de marche et 10h/jour néros exclus (maximum 12h/jour)
  • vitesse moyenne : 3,7 Km/h  (soit en pratique 4Km/h plus 1 heure pour 400m de montée)
  • montées: 47.250m

 

Le matériel réellement utilisé:

voir la section LOGISTIQUE


Graphiques des miles, heures de marche et vitesse en Km/h

Pour mémoire: 1 mile = 1.6 Km donc  12 miles = 19,3 km,  15 miles = 24 km ,  20 miles = 32 km,  25 miles = 40 km, 

 

 

 

Budget du CDT

 

calculé sur 60 jours

 

Budget CDT

déplacements:

avion + bus

             1 045 €

assurances

santé

                450 €

motels

20 nuits

             1 400 €

téléphone

tel + 4 mois

                340 €

bouffe et divers sur 60 jours

                    49 €

             2 946 €

TOTAL

             6 181 €

 

Commentaires:

 

On peut faire moins cher:

 ·         j'ai changé ma date de retour en avion  = +252€

 ·         j'ai utilisé surtout des diners lyophilisés = +215€

 ·         J'ai pris une chambre de motel / hostel à chaque néro et zéro (on peut réduire de moitié).

 ·         J'ai pris une assurance santé spéciale pour les USA = +450€

 Au final, on peut faire baisser la facture aux alentours de 5.000€, voire de 4.500€ sans assurance